
J’la regarde traverser la pièce comme un changement de saison, longue silhouette blonde qui redessine l’horizon. Quarante-trois printemps, moi bientôt trente-cinq, et pourtant quand elle sourit c’est le temps lui-même qui panique. Ses cheveux font des vagues comme un océan tranquille, j’pourrais m’y perdre des heures sans chercher d’île. Y'a des gens qui parlent d’chance, d’autres de destinée, moi j’vois juste une femme et tout mon monde est aligné. Même en jean, même sans robe, même sans artifices, elle transforme le banal en quelque chose d’inédit. Une démarche qui ralentit les aiguilles des montres, une élégance naturelle que personne ne démontre. Parfois j’pose la tête contre son refuge de douceur, j’écoute battre son cœur comme on écoute un moteur. Le monde devient lointain, les tempêtes se taisent, et pendant quelques secondes j’oublie jusqu’à mon propre stress. J’embrasse ses mains, ses poignets, ses épaules, ses chemins silencieux que la lumière frôle. Puis mes doigts suivent doucement les contours du voyage, comme un peintre émerveillé devant son propre paysage. Toute la journée mon cerveau tourne à cent à l’heure, des idées, des calculs, des projets, des erreurs. Mais parfois il suffit qu’elle passe devant moi, et tout ce qui faisait du bruit disparaît à la fois. Elle a cette douceur qu’on retrouve dans certains livres, et cette part sauvage qui les empêche de survivre. Panthère quand elle veut, déesse quand elle avance, toujours cette frontière subtile entre grâce et insolence. Et ce piercing brillant au milieu de son univers, comme une étoile discrète suspendue dans l’atmosphère. On dirait qu’un sculpteur patient, quelque part dans le ciel, a passé des siècles entiers à peaufiner chaque détail. J’ai vu des couchers de soleil sur des kilomètres de plages, des villes illuminées, des palais, des paysages. Mais rien n’arrive vraiment à retenir mon regard comme cette femme qui transforme le silence en œuvre d’art. Quand la nuit ralentit et que le monde s’efface, j’ai l’impression qu’on était écrits dans le même espace. Deux lignes qui s’attendaient depuis toujours quelque part, avant même les saisons, avant même le hasard. Et quand l’amour nous emporte jusqu’au bout de sa lumière, quand les battements du cœur deviennent notre seule frontière, ce que j’aime par-dessus tout, quand tout redevient calme, c’est ton « je t’aime » murmuré dans l’après des flammes. Je t’embrasse doucement, le front encore nacré, comme si le temps lui-même refusait de bouger. Dans tes yeux je retrouve tout ce qui m’est essentiel, comme si nos deux destins parlaient la même langue au ciel. J’connais des gens brillants, d’autres simplement beaux, toi t’as reçu les deux sans jamais porter le fardeau. L’esprit vif, le regard tendre, le charme sans effort, ce mélange rarissime que le temps rend plus fort. Même l’argile des mythes aurait manqué d’imagination, pour dessiner ta silhouette avec autant de précision. Les poètes auraient noirci des bibliothèques entières, sans réussir à traduire ce que j’vois quand j’te regarde faire. Parfois j’me surprends à rêver d’un avenir officiel, de promesses qu’on grave pour les rendre éternelles. Un mot simple devant quelques proches réunis, et ton prénom près du mien pour le reste de la vie. Alors j’avance tranquille sans forcer les lendemains, mais j’garde cette idée quelque part entre les mains. Parce qu’au fond de moi la vérité demeure : j’crois qu’il existe des rencontres qui ressemblent au bonheur. Quand la nuit ralentit et que le monde s’efface, j’ai l’impression qu’on était écrits dans le même espace. Deux lignes qui s’attendaient depuis toujours quelque part, avant même les saisons, avant même le hasard. Et quand l’amour nous emporte jusqu’au bout de sa lumière, quand les battements du cœur deviennent notre seule frontière, ce que j’aime par-dessus tout, quand tout redevient calme, c’est ton « je t’aime » murmuré dans l’après des flammes. Je t’embrasse doucement, le front encore nacré, comme si le temps lui-même refusait de bouger. Dans tes yeux je retrouve tout ce qui m’est essentiel, comme si nos deux destins parlaient la même langue au ciel.
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