
Marine… Écoute le silence avant que le jour ne recommence, il n’est pas vide, il panse encore tes absences. La nuit t’a prise en otage, sans témoin, sans visage, mais l’aube connaît ton nom, ton souffle et ton courage. Trois ans sous un règne sans trône et sans loi, où l’amour portait le masque infâme de l’effroi. Il t’a mise en sommeil, en servage, en décor, comme une statue de sel face à la violence du corps. Tout ton être livré à ce compagnon-bourreau, qui nommait passion ce qui n’était qu’un étau. Il a mis de la peur dans les plis de ton langage, et changé tes matins en lendemains d’orage. Ce n’est pas normal de se réveiller en pleine nuit, en reprenant d’un coup ce rôle qu’on t’a appris : celui de te défendre avant même d’exister, celui de surveiller l’air avant de respirer. Tu dors comme on monte la garde dans le noir, avec le cœur en alarme et l’âme dans le couloir. ton esprit est rempli de kevlar, normal, elle était avec un connard et même quand tout se calme, ton corps croit voir le départ. Tu marchais dans la drogue, la fièvre et la violence, toi, femme d’âme fine, aussi fragile que faïence. Il a pris ta confiance comme on pille une chapelle, sans voir qu’un cœur brisé garde encore son appel. On t’a vissée au sol, rivée contre le ciel, tellement de vis ont été contre elle qu’elle en a perdu le manuel. Et pourtant, sous les ruines, il demeure une dentelle, un feu discret, ancien, qui survit sous la grêle. Tu pleures, et c’est justice ; tu trembles, et c’est humain, quand l’enfer vous dépose au bord d’un autre chemin. Tes larmes ne sont pas faiblesse, elles sont baptême, elles lavent les miroirs où l’on t’a dit : “tu n’es plus toi-même”. Comme un chat revenu d’un toit brûlant de nuit, tu as joker, Marine, et plus d’une vie. La peau sait les outrages, l’âme sait les absences, mais la lumière revient par excès de patience. Moi, je ne viens pas faire le héros ni le juge, je viens tenir la lampe au seuil de ton refuge. De ton âge d’aujourd’hui jusqu’à tes cheveux d’hiver, je resterai debout quand le monde ira de travers. Je veillerai sur toi sans chaîne et sans victoire, avec l’amour patient des choses sans mémoire. Je serai là, Marine, quand le passé s’agite, quand la peur se déguise en colère qui crépite. La vie d’une mère c’est pas comme ça. On t’a pris pour une conne. Maman s’inquiète beaucoup et papa ne dit plus rien. Pourtant c’est ta mère. Mais tu restes une lionne. Une fois devant, dis-moi on fait, on fait comment quand ton cœur est au garage et qu’il faut l’réparer. Il y a dans tes silences des cathédrales closes, des prières sans autel, des bouquets sans roses. Tu demandes pardon presque d’être encore là, comme si survivre avait fait de toi un dégât. Mais non, Marine, non : la honte a mauvaise adresse, elle appartient à celui qui t’a volé ta tendresse. Qu’elle retourne à sa porte, à sa nuit, à son fiel, toi tu reprends ton nom, ton souffle, ton ciel. La liberté fait peur quand on sort de la geôle, elle a parfois le froid d’une immense parole. On croit que l’air est vide, que l’espace est trop grand, quand on a respiré trois ans sous commandement. Mais chaque pas que tu fais, même tremblant, même pâle, est une insurrection douce contre le mal. Tu reconstruis ton être en gestes minuscules, un regard, une larme, un matin qui bascule. Je sais que ton cœur bat comme un moteur blessé, dans un vieux garage noir où l’on n’ose plus passer. Il y a de l’huile au sol, des éclats sous la lune, des pièces mal rangées, des peurs qui importunent. Mais sous la tôle froissée, sous les câbles défaits, j’entends encore l’élan de ce que tu étais. Et plus encore, Marine, j’entends ce que tu deviens : une femme qui revient de loin, mais qui revient. Tu n’es pas un débris, pas une erreur, pas une ombre, pas l’enfant du chaos que la douleur encombre. Tu es la mer après l’orage, grave et souveraine, tu es la fleur têtue qui repousse dans la peine. Tu es mère, tu es femme, tu es feu sous la cendre, et même cassée, jamais facile à prendre. On t’a crue vaincue, docile, à genoux, sans couronne, mais dans tes yeux mouillés, moi je vois la lionne. La vie d’une mère c’est pas comme ça. On t’a pris pour une conne. Maman s’inquiète beaucoup et papa ne dit plus rien. Pourtant c’est ta mère. Mais tu restes une lionne. Une fois devant, dis-moi on fait, on fait comment quand ton cœur est au garage et qu’il faut l’réparer. La vie d’une mère… c’est pas comme ça. On t’a pris pour une conne… Maman s’inquiète beaucoup… Papa ne dit plus rien… Mais tu restes une lionne. Dis-moi, on fait comment quand ton cœur est au garage et qu’il faut l’réparer… Je ne suis pas mécano, Marine, je n’ai ni clé magique, ni science des miracles, mais je sais reconnaître, dans le désordre d’un oracle, un parterre de vase qui a été écrasé avec de la Megaloh. Et même si les éclats coupent encore la lumière, je vois la forme noble sous la poussière. Je t’aime.
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