
Ils sâen allaient un Ă un vers la lumiĂšre des vitrines, Les Ă©paules un peu courbĂ©es, le regard noyĂ© dans lâhabitude, Avec au fond des mains tremblantes Le petit remĂšde Ă lâinquiĂ©tude. On les croisait le soir en ville, Le front lavĂ© par les nĂ©ons, Ils avaient lâair de gens tranquilles, Ils portaient lâorage en dedans. Ils ne parlaient pas de naufrage, Ni de manque, ni de poison, Ils disaient seulement âça mâaideâ, âJâen ai besoinâ, âjâai mes raisonsâ. Et la misĂšre a tant de formes, Quâon ne la voit mĂȘme plus venir, Elle a le parfum des chambres mornes, Le goĂ»t du verre quâon veut finir. Mais lâaddiction, vois-tu, mon frĂšre, Ce nâest pas la fĂȘte et le bruit, Câest une priĂšre Ă la matiĂšre, Un dieu sordide au fond des nuits. Ăa te promet de tenir debout, Puis ça tâapprend Ă tâeffondrer, Et ça te serre, doux comme un loup, JusquâĂ te faire aimer tomber. Au dĂ©but câest presque une alliance, Un arrangement avec la peur, Un peu de paix contre ta chance, Un peu dâoubli contre ton cĆur. Tu crois dompter la mĂ©canique, Garder la clĂ©, choisir lâinstant, Mais dĂ©jĂ la chose te fabrique Un autre visage, un autre sang. Tu mens dâabord pour des vĂ©tilles, Pour Ă©viter les grands discours, Pour ne pas voir dans les pupilles Le vieux tribunal de lâamour. Puis tu maquilles tes absences, Puis tu calcules, puis tu promets, Puis tu deviens cette prĂ©sence Qui dit âdemainâ, mais sait âjamaisâ. Il y a des mĂšres qui nâosent plus Compter les jours sans catastrophe, Des pĂšres usĂ©s qui nâen peuvent plus De voir leur fils parler en apĂŽtre Dâun paradis de pharmacie, Dâune bouteille ou dâune fumĂ©e, Comme on dĂ©fend une patrie Qui vous aurait pourtant brĂ»lĂ©. Il y a des corps comme des granges OĂč lâon a trop stockĂ© lâhiver, Des veines bleues, des mains Ă©tranges, Des rĂ©veils lourds comme du fer. Il y a le foie, il y a les nerfs, Les dents serrĂ©es, les nuits sans peau, Les matins sales, les yeux ouverts Sur le plafond comme un tombeau. Mais lâaddiction, vois-tu, ma belle, Nâa pas toujours le masque affreux, Parfois elle est presque fidĂšle, Presque Ă©lĂ©gante aux jours heureux. Elle tâaccompagne et te rassure, Elle te dit : âje suis ta paixâ, Puis elle agrandit sa morsure JusquâĂ te prendre ce que tu es. On perd des amis magnifiques Ă de trĂšs petites quantitĂ©s, Ă des silences mĂ©thodiques, Ă des hontes mal racontĂ©es. On perd des dimanches, des enfances, Des trains, des clĂ©s, des rendez-vous, On perd la juste consistance Du monde simple autour de nous. On perd la joie de boire de lâeau, Dâattendre un soir sans ĂȘtre en guerre, Dâavoir le cĆur encore assez haut Pour regarder quelquâun sans verre. On perd jusquâau goĂ»t du courage, Parce quâon lâa louĂ© trop souvent Ă ce mensonge de passage Qui vous facture en vivant. Et ceux qui nâont jamais connu Cette famine sous le costume Jugent de loin, dâun ton convenu, Comme on regarde une maison qui fume. Ils disent : âil fallait vouloirâ, Comme on dit : âla pluie cesse un jourâ, Sans voir quâil faut, pour entrevoir, Avoir traversĂ© le dĂ©tour. Car il en faut de la vaillance Pour supporter lâaprĂšs du faux, Quand le plaisir vide la salle Et laisse le manque au rideau. Il en faut pour rester lucide Quand tout en soi crie âencore un peuâ, Pour refuser la main perfide Qui sait parler comme un vieux dieu. Il faut des jours, il faut des autres, Un mĂ©decin, parfois une loi, Une parole qui vous montre Que vous valez plus que cela. Il faut des nuits sans rĂ©compense, Des matins secs, des soirs tremblants, Il faut rĂ©apprendre lâexistence Comme marchent les petits enfants. Mais lâaddiction, un jour, recule, Pas par miracle ou grand sermon, Seulement parce quâune minuscule Lueur revient dans la maison. On se remet Ă croire aux arbres, Au cafĂ© noir, au vent lĂ©ger, Ă cette humble paix sans théùtre Qui fait quâon peut recommencer. Alors reviennent des visages Quâon nâosait plus vraiment revoir, Alors reviennent les rivages, Le pain, la rue, le ciel du soir. On ne guĂ©rit jamais peut-ĂȘtre Comme on referme un vieux dossier, Mais lâon peut cesser de soumettre Sa propre vie Ă son geĂŽlier. Et quand je pense Ă tous ces ĂȘtres Qui marchent encore au bord du trou, Je voudrais chanter Ă leurs fenĂȘtres Quâils ne sont ni sales ni fous. Quâils ont seulement livrĂ© bataille Dans une guerre sans uniforme, Et que survivre Ă la tenaille, Câest dĂ©jĂ redevenir conforme Ă quelque chose de plus vaste Que le produit, le verre ou la peur, Ă cette part tenace et chaste Qui nâa pas tout Ă fait rendu le cĆur. Et sâil reste en chacun des cendres, Il reste aussi de quoi brĂ»ler Autrement que pour se dĂ©fendre : Pour vivre enfin sans sâexiler.
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